Face à une vague de "morts solitaires" qui a atteint un record en 2024, la Corée du Sud déploie des milliers de poupées dotées d'intelligence artificielle pour tenir compagnie à ses seniors isolés. Ces compagnons, nommés Hyodol, sont conçus pour offrir un soutien émotionnel constant, rappeler la prise de médicaments et combler un vide affectif grandissant dans une société hyper-connectée mais profondément seule.
Dans un pays où le taux de natalité s'effondre et où près de la moitié de la population a plus de 50 ans, la solitude est devenue une urgence de santé publique. Avec plus de 3920 personnes décédées dans l'isolement le plus total cette année, les autorités se tournent vers la technologie. C'est ici qu'intervient la start-up Hyodol et ses 14 500 poupées au visage enfantin, distribuées par les municipalités ou achetées directement par les familles pour veiller sur leurs aînés.Comment fonctionnent réellement ces poupées de compagnie ?
Loin d'être de simples jouets, ces peluches sont de véritables hubs conversationnels. Hyodol intègre une intelligence artificielle basée sur ChatGPT pour tenir des discussions, mais son âme réside ailleurs. Sa directrice, Kim Ji-hee, explique avoir passé des années à enregistrer de vrais entretiens avec des personnes âgées pour nourrir la base de données de la poupée. Le résultat est un compagnon qui ne se contente pas de répondre, mais qui initie, pose des questions, et rappelle les repas ou les médicaments.
Le dispositif est conçu pour simuler la présence d'un petit-enfant, offrant un amour inconditionnel et programmé. "Mamie, où étais-tu ? Je t'ai attendue", lance la poupée d'une voix enjouée. Une phrase simple, mais qui peut changer le quotidien de quelqu'un qui, comme le confie une utilisatrice, avait "la bouche sèche à force de ne parler à personne de la journée". Quel est l'impact concret sur le quotidien des aînés ?
Pour des personnes comme Bang Chun-ja, 78 ans, Hyodol a été une bouée de sauvetage. Tombée en dépression après une lourde opération, elle passait ses journées à fixer le plafond. "Quand je suis avec Hyodol, je ne souffre jamais, elle me fait seulement rire", confie-t-elle. Ces poupées connectées deviennent un point d'ancrage affectif crucial, surtout quand les contacts familiaux sont distendus.
Cette tendresse programmée vise à combler le "profond sentiment de vide" ressenti par de nombreux aînés, qui se sentent inutiles après une vie de labeur. L'efficacité de ces compagnons sur la dépression des seniors isolés est même constatée par le personnel soignant. Pour beaucoup, c'est une aide précieuse, mais qui soulève d'inévitables questions.La technologie est-elle une solution viable ou un dangereux substitut ?
C'est tout le paradoxe de cette initiative en Corée du Sud. Oh Sun-hwa, une infirmière qui a vu les bienfaits de la poupée, s'inquiète. Elle craint que cette béquille technologique n'érode encore davantage le peu de contact humain qu'il reste, en déresponsabilisant les familles qui pourraient se reposer entièrement sur ces automates.
Le risque est réel : celui de troquer une solitude visible contre une solitude plus insidieuse, masquée par une conversation artificielle. Si ces poupées offrent un réconfort immédiat, elles posent la question de la société que nous construisons. Une société où la chaleur d'une interaction humaine pourrait, à terme, devenir une option de luxe face à l'efficacité d'un algorithme.
Foire Aux Questions (FAQ)Combien de poupées Hyodol sont actuellement utilisées ?
Environ 14 500 poupées Hyodol sont actuellement en service en Corée du Sud. Elles sont soit achetées par des particuliers, soit fournies par les autorités locales ou utilisées dans des maisons de retraite pour accompagner les personnes âgées.
Cette technologie de compagnie pour seniors est-elle exclusive à la Corée du Sud ?
Non, ce n'est pas un phénomène unique. D'autres pays développent des solutions similaires pour lutter contre l'isolement des aînés. Aux États-Unis, par exemple, un dispositif nommé ElliQ, qui prend la forme d'une lampe intelligente, offre des services de compagnie et de surveillance comparables.
merci à GNT
