Il refuse de censurer le web : ce géant menace de débrancher l'Italie

Pour savoir tout ce qu'il se passe sur la toile
Répondre
Avatar du membre
chtimi054
Administrateur du site
Administrateur du site
Messages : 8621
Enregistré le : ven. 26 juil. 2013 06:56
A remercié : 186 fois
A été remercié : 1120 fois
    Windows 10 Firefox

Il refuse de censurer le web : ce géant menace de débrancher l'Italie

Message par chtimi054 »

Il refuse de censurer le web : ce géant menace de débrancher l'Italie

Un bras de fer titanesque s’engage de l’autre côté des Alpes. Sommé par la justice italienne de jouer les censeurs du Net, un pilier de l’infrastructure web pose un ultimatum radical : la neutralité technique ou l'exil pur et simple.
Image
câbles optiques débranchés - © Shutterstock
L'affaire fait grand bruit dans les couloirs de la régulation européenne depuis quelques jours. Cloudflare se retrouve aujourd'hui dans le viseur des autorités italiennes, bien décidées à tordre le bras au géant de l'infrastructure pour lutter contre le piratage. Ce n'est pas la première fois que Rome tente d'imposer son « Piracy Shield » aux acteurs du réseau, mais la réponse de l'entreprise américaine est inédite. Plutôt que de se plier à des injonctions qu'elle juge techniquement aberrantes, la firme de Matthew Prince menace tout bonnement de retirer ses billes du pays. Pour comprendre la gravité de la situation, il faut rappeler que l'on ne parle pas ici d'un simple hébergeur de sites douteux, mais de la colonne vertébrale d'une grande partie de l'Internet moderne.

Quand le résolveur DNS devient une arme politique

Le cœur du conflit réside dans une ordonnance du tribunal de Milan exigeant que Cloudflare bloque l'accès à certains sites de streaming illégal et de torrents via son résolveur DNS public, le célèbre 1.1.1.1. Pour les néophytes, ce service agit comme un annuaire téléphonique ultra-rapide, traduisant les noms de domaine en adresses IP. L'Italie demande concrètement à Cloudflare de falsifier cet annuaire pour rendre ces sites invisibles aux internautes italiens. Si la demande peut sembler légitime sur le papier pour protéger les ayants droit, la méthode employée passe mal auprès des ingénieurs de San Francisco.

Cloudflare a toujours défendu une position claire : on ne demande pas à la compagnie des eaux de vérifier si l'eau du robinet sert à une activité illégale. L'entreprise considère qu'intervenir au niveau du DNS constitue une pente glissante dangereuse, transformant une infrastructure neutre en outil de police. Face à cette pression judiciaire, la société a sorti l'artillerie lourde. Si l'obligation de blocage est maintenue, Cloudflare envisage sérieusement de désactiver son service 1.1.1.1 en Italie, voire de retirer physiquement ses serveurs des datacenters de Milan et Rome. Une telle décision ne serait pas sans conséquences pour l'écosystème local. Sans ces points de présence (PoP) locaux, le trafic des utilisateurs italiens devrait être redirigé vers les nœuds de connexion voisins, situés en France, en Suisse ou en Autriche, augmentant mécaniquement la latence pour des millions d'utilisateurs.

Derrière le blocage, le spectre d'un internet fragmenté

Cette menace de départ forcé met en lumière l'inadéquation totale entre les législations nationales et la réalité technique du réseau mondial. Le « Piracy Shield » italien, lancé en grande pompe, a déjà montré ses limites catastrophiques en bloquant par erreur des services légitimes, y compris des CDN utilisés par des entreprises tout à fait respectables. En voulant automatiser la censure via des fournisseurs d'infrastructure comme Cloudflare, l'Italie joue aux apprentis sorciers avec la stabilité même du web. Bloquer un domaine au niveau DNS est une mesure facile à contourner pour n'importe quel internaute motivé, mais qui crée un précédent juridique redoutable pour la neutralité du net.

L'enjeu dépasse largement la simple question du droit d'auteur ou du match de football piraté. Si Cloudflare cède aujourd'hui face à l'Italie, demain ce sera l'Allemagne, la France ou des régimes moins démocratiques qui exigeront le même traitement pour d'autres types de contenus. La société refuse de devenir l'arbitre de la vérité en ligne, arguant que la modération doit se faire à la source, chez l'hébergeur, et non dans les tuyaux qui transportent l'information. Ce bras de fer illustre la fracture grandissante entre une volonté politique de contrôle territorial et un réseau conçu pour être global et résilient. En poussant Cloudflare vers la sortie, l'Italie ne gagnera pas la guerre contre le piratage, mais elle pourrait bien réussir à offrir à ses citoyens un Internet de seconde zone, plus lent et moins fiable que celui de ses voisins européens.

merci à CLUBIC
Répondre